05 février 2007

La ponctuation : retour aux fondamentaux

medium_j0315598.2.jpgVoilà quelques temps que j'ai refermé la dernière page de l'excellent opus d'Olivier Houdart, correcteur au Monde.fr et co-auteur du blog Langue sauce piquante, et de Sylvie Prioul, secrétaire de rédaction au Nouvel Observateur : La ponctuation ou l'art d'accommoder les textes. Un retour aux fondamentaux de l'assaisonnement de nos écrits parmi lesquels, je l'avoue, j'ai redécouvert certaines règles ou possibilités oubliées... Serais-je la seule ?

« Ciel ! mon mari... »

Essayez d'écrire cette exclamation à l'aide de votre traitement de texte. Vous aussi, vous avez dû revenir sur le « m » de « mon » pour le forcer à rester en minuscule ? N'en déplaise à nos trop autoritaires logiciels, points d'exclamation et d'interrogation ne clôturent pas systématiquement une phrase et ne sont pas, à ce titre, toujours suivis d'une majuscule. Des exemples ?

Pour la première fois depuis que je vivais avec cette femme, j'eus quoi ? honte, oui, de sentir son bras enlacé au mien.

M. Duras, Le Marin de Gibraltar

Bon d'accord ! nous n'écrivons pas tous les jours comme Marguerite Duras et le cas est plus fréquent dans une phrase interrogative suivie d'une incise - « demande-t-il », « interroge-t-il », etc. :

Et qu'est-ce qu'ils ont d'extraordinaire les nichons de ta soeurs ? demandait l'un.

B. Cendrars, La Main coupée

A noter, par conséquent, qu'une série d'exclamations ou d'interrogations non suivies de majuscules ne constitue pas une erreur typographique et répond bien à une volonté stylistique de l'auteur :

J'ai préparé une série de question mitraillette, histoire d'évacuer tout de suite les points importants : Ton âge ? t'es solo ? depuis quand ? qui est parti ? pourquoi ? tu fais quoi dans la vie ? t'as des enfants ? tu cherches quoi ici ?...

Nick, Des souris et un homme

Eh bien ! c'est ça ! dors !

G. Feydeau, Feu la mère de Madame

Dans le même registre du bon usage, j'ai trouvé la confirmation que deux deux-points peuvent se rencontrer dans une même phrase :

Les raisons du non varient d'une organisation syndicales à l'autre : celles de la CGT sont simples : défense du service public.

Le Nouvel Observateur

que « ni », employé seul, ne doit pas être précédé d'une virgule :

Jamais la pauvreté ni la crainte d'y tomber ne m'ont fait pousser un soupir [...].

J.-J. Rousseau, Les Confessions

ou encore que le tiret fermant, « - », s'efface devant deux-points, point-virgule ou tout autre signe de clôture :

Et peut-être, pour le comprendre, faut-il lire son roman de jeunesse, jusqu'ici inédit en français, Rossinante reprend la route, écrit pendant ses premiers voyages en Espagne entre 1916 et 1920, paru en 1922 – il avait alors 26 ans.

Le Monde des livres

medium_ponctuation_150.jpgTous les exemples cités ici sont extraits de La ponctuation ou l'art d'accommoder les textes.

Je ne saurais que trop recommander cette rafraîchissante lecture à tous ceux qui traquent la coquille ou le mésusage – si, si, ce mot existe ! – dans les écrits professionnels.

Marielle

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